25 février 2006
La tasse de café de Lorentz
Le vol de ce papillon dans le jardin de Séverin
provoquera-t-il un cyclone dans l'Océan Indien ?
En 1960, Edward Lorentz, météorologiste au MIT (Massachusetts Institute of Technology), conçut l’une des premières simulations informatiques des tendances climatiques.
Un jour de l’été 1961, le programme de Lorentz produisit des hypothèses très intéressantes qu’il voulut étudier plus en détail. Il prit un raccourci et commença en milieu de série. Comme c’était le tout début de l’informatique, il dut retaper les premiers chiffres. Pour gagner du temps et de l’espace, il tapa trois chiffres après la décimale au lieu de six, puis partit se préparer une tasse de café.
Quand Lorentz revint à son bureau, il s’aperçut que les tendances climatiques s’étaient si fortement écartées de la série d’origine que l’on ne pouvait plus identifier de similitude entre les deux. La simulation apparaissait extrêmement sensible aux très petits changements effectués par Lorentz ; un millième n’était plus une parie infime : il avait d’énormes conséquences sur le résultat.
Ce travail de pionnier, fruit d’une découverte totalement fortuite, a entraînné le développement de la théorie du chaos.
24 février 2006
elle ne vous évitera pas l'inluenza aviaire ...
... mais avec elle, vous éviterez de trainer votre rhume trop longtemps, et puis c'est bon :
Verser un litre d’eau bouillante sur le mélange suivant :
- un bâton de canelle
- 5 clous de girofle
- 7 rondelles fines de gingembre frais
- ¼ de citron épluché et écrasé
- une cuiller à soupe de miel
Laisser infuser 5mn. Boire chaud.
23 février 2006
Umbertus Magnus n°2
Bibliothèque publique
1. Les catalogues seront subdivisés au maximum : on veillera à séparer le catalogue des livres de celui des revues, et ceux-ci du catalogue par matières, ainsi que les ouvrages d’acquisition récente des ouvrages d’acquisition plus ancienne. Si possible, l’orthographe de ces deux derniers catalogues sera différente ; par exemple, le mot Hiérarchie prendra un H initial dans les acquisitions récentes et un I dans les acquisitions anciennes ; dans les acquisitions récentes Tchaïkovsky s’écrira avec un Č, tandis que les acquisitions anciennes l’écriront à la française avec Tch.
2. Les matières seront définies par le bibliothécaire. Les livres ne porteront pas sur le colophon une indication sur les sujets sous lesquels ils sont répertoriés.
3. Les cotes seront intranscriptibles, si possibles interminables, afin que le lecteur n’ait jamais la place d’inscrire sur sa fiche la dernière indication qu’il croit sans importance ; ainsi le magasinier pourra lui restituer la fiche incomplète pour qu’il la remplisse à nouveau.
4. Le temps d’attente entre demande et remise des livres sera très long.
5. On ne donera jamais plus d’un ouvrage à la fois.
6. Les livres demandés au moyen d’une fiche et remis par le magasinier ne pourront être emportés en salle de consultation ; ainsi, il faudra partager sa vie en deux temps fondamentaux, celui de la lecture et celui de la consultation. La bibliothèque découragera la lecture croisée de plusieurs livres, cela risquant de provoquer de dangereux strabismes.
7. Autant que faire se peut, les photocopieuses brilleront par leur abscence ; au cas où il en existerait une, son accès sera une entreprise longue et laborieuse, son coût sera supérieur à celui des papeteries, et tout tirage limité à deux ou trois pages.
8. Le bibliothécaire considérera le lecteur comme un ennemei, un fainéant (sinon, il serait au travail), un voleur potentiel.
9. Le bureau de renseignements sera inaccessible aux lecteurs.
10. Tout sera mis en œuvre pour décourager le prêt.
11. Le prêt inter-bibliothèques sera impossible, ou en tout cas il prendra des mois. Mieux vaut garantir l’impossibilité de connaître le contenu des autres bibliothèques.
12. En conséquence de tout ce qui précède, les vols seront très faciles.
13. Les horaires coïncideront absolument avec ceux du travail, établis après accord préalable vaec les syndicats : fermeture totale le samedi, le dimanche, le soir et aux heures des repas. Le pire ennemi de la bibliothèque est l’étudiant salarié ; son meilleur ami, l’érudit local, celui qui a sa bibliothèque personnelle, n’a donc pas besoin de venir à la bibliothèque et qui, à sa mort, léguera tous ses livres.
14. Il sera impossible de se restaurer à l’intérieur de la bibliothèque, de quelque manière que ce soit ; il sera tout aussi impossible de se restaurer à l’extérieur de la bibliothèque sans avoir déposé au préalable tous les livres reçus en prêt, si bien qu’on sera obligé de les redemander après être allé prendre un café.
15. iL sera impossible de réserver son livre pour le lendemain.
16. Il sera impossible de savoir qui a emprunté le livre manquant.
17. Autant que faire se peut, pas de toilettes.
18. Idéalement, l’usager devrait être interdit de bibliothèque ; en admettant qu’il puisse y pénétrer (j ouissant de manière pointilleuse et antipathique d’un droit obtenu en vertu des principes de 89 mais qui reste encore étranger à la sensibilité collective ) en tout état de cause il ne doit et ne devra jamais, sauf à traverser rapidement les salles de consultations, avoir accès aux arcanes des travées.
NOTE RESERVEE. L’ensemble du personnel sera physiquement diminué car il est du devoir d’un service public d’offrir des emplois aux citoyens porteurs d’un handicap (on étudie actuellement l’extension d’une telle obligation au Corps des Pompiers). Avant tout, le bibliothécaire idéal devra boiter afin d’allonger le temps s’écoulant entre le prélèvement d’une fiche de demande, la descente aux souterrains et le retour. Quant au personnel chargé de grimper aux échelles donant accès aux rayonnages les plus élevés, à huit mètre de haut, il est fortement recommandé de remplacer leur bras manquant par une prothèse munie d’un crochet, et ce pour d’évidentes raisons de sécurité. Le personnel totalement dépourvu de membres supérieurs remettra l’ouvrage en le tenant entre les dents (une telle disposition risque toutefois d’empêcher la remise de volumes supérieurs au format in octavo).
Umberto ECO
Comment voyager avec un saumon (Comment organiser une bibliothèque publique - 1981)
22 février 2006
Un trou dans le calendrier
Les dix jours qui n’ont jamais existé
En 1582, le décalage entre le calendrier réel, c’est-à-dire celui des saisons, et le calendrier “Julien”, (alors en vigueur et appelé ainsi parce qu’établi par Jules César l’an 708 de la fondation de Rome), avait atteint 10 jours. Le pape Grégoire XIII décida donc que le 5 octobre 1582 s’appellerait donc le 15 octobre et établit le système des années bissextiles.
Voilà pourquoi l’année 1582 perdit dix jours, 10 jours qui n’ont jamais existé et durant lesquels il ne s’est par conséquent rien passé.
Tisane elfique
avril 2003
Tisane régénérante des « Jardins de Gaïa » :
« Très ancienne et savoureuse recette elfique transmise par notre ami Aëngys, herboriste réputé chez les Elfes pour ses étonnants pouvoirs magiques. Ses merveilleuses vertus sont de purifier notre organisme tout entier et de le libérer des toxines accumulées. Elle nous procure un véritable bien-être. Boire une tasse par jour pendant une durée de un mois vous étonnera par ses résultats. »
Composition :
- Feuilles de framboisiers
- Mélisse
- Feuilles de mûriers
- Fleurs de tilleul
- Fleurs de bleuets
- Souci des jardins
- Aiguilles d’épicéa
- Marjolaine sauvage
- Pétales de roses
Pour développer toute sa saveur, casser les grandes feuilles. Mettre une pincée de tisane par tasse dans une tisanière ou une cruche. Verser une bonne eau de source bouillante dessus. Couvrir car les principes actifs sont souvent des essences volatiles. Laisser infuser 3 minutes. Filtrer. Déguster lentement cette boisson chaude ou refroidie à petites gorgées.
Morgane

Hotié de Viviane, Brocéliande janvier 2002
Morgane errait sur les landes, ne sachant pas où elle allait, comme possédée par une fureur intérieure, mais trop fière pour exprimer sa rage par des pleurs qui lui auraient fait perdre, à ses propres yeux, toute la puissance et tout l’orgueil dont elle se sentait maîtresse. Enveloppée dans son long manteau noir, elle marchait à grands pas sur des sentiers tortueux ; ses pieds frôlaient à peine le sol, tel un de ces anges trop purs ou trop aériens pour pouvoir entrer en contact avec l’humidité de la terre. Le vent soufflait, venant de la mer, quelque part du côté du sud, et parfois il prenait Morgane dans ses rafales, l’obligeant à faire halte, le temps de reprendre haleine ; le tourbillon se vengeait en courbant les ajoncs griffus jusqu’à ses jambes pour mieux l’égratigner et pour lui faire comprendre que si elle suscitait les tempêtes, elle risquait parfois de ne plus pouvoir les apaiser.
Jean Markale, « La fée Morgane », « Le cycle du Graal – 4 », ed. Pygmalion, Paris, 1994
Palourde
"A la palourde, la connaissance, l'intuition du terrain sont aussi essentielles que la bonne conduite de l'outil, et l'art consiste aussi à pointer comme d'instinct le gisement possible que tout concours à repérer : le degré d'humidité, le type d'algue, la configuration des enrochements, la forme des cailloux meubles, la composition quasi chimique du substrat, et particulièrement le grain, la couleur, la proportion, souvent aussi sensible que celle des humeurs dans le sang, de sable, de gravillon et de vase. Il en va de même de la reconnaissance des mares dont la qualité des bords, l'inclinaison des tombants, le degré de profondeur doivent être immédiatement appréhendés, analysés. Ne pas oublier enfin d'observer le principe des couloirs qui vaut aussi, soit dit en passant, pour la cueillette de certains champignons, des chanterelles en entonnoir par exemple qui poussent en colonies entre les coulées de mélèzes. On pêche ainsi comme on lit, en prélevant d'instinct un faisceau d'indices, en anticipant. Concrètement, la trouvaille n'existe pas. C'est la vérification réussie d'hypothèses que l'expérience et le temps ont appris à formuler au plus juste. Raison pour laquelle aussi le pêcheur de palourdes ne connaît pas la bredouille."
Chausey, mars 2004
"Chaque fois que j'ai pu observer dans le lointain les petites taches gris-bleu des pêcheuses de palourdes chassant à grandes enjambées prudentes dans le mouvement même de a marche, c'est aux hérons cendrés que j'ai pensé, à ceux qu'on voit, dans de tout autres paysages, suivre le fil des chenaux vaseux en quête d'anguilles ou de jeunes plies. Les rieuses qui verrotent sur les berges envasées s'immobilisent toujours, prennent le guet avant de fondre en deux ou trois sauts ridicules sur la gravette qu'elles dédaignent puis gobent en un éclair ; l'aigrette, elle, vermille nerveusement, s'encolère soudain commme piquée par un taon. Chez le héron, aucune accélération, aucune humeur. Un arpentage muet, méticuleux, vaguement somnanbulique, à la fois absorbé et flottant. Comme s'il marchait sur des œufs. "
Marc Le Gros, Eloge de la palourde, Edition Flammarion, 1996
Mer
Houat, janvier 2005
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes,
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Baudelaire
SPORTS NATURE
L’un des étudiants leva la main ; et, bien qu’il comprît fort bien pourquoi l’on ne pouvait pas tolérer que des gens de caste inférieure gaspillassent le temps de la communauté avec des livres, et qu’il y avait toujours le danger qu’ils lussent quelque chose qui fît indésirablement « déconditionner » un de leurs réflexes, cependant... en somme, il ne concevait pas ce qui avait trait aux. fleurs. Pourquoi se donner la peine de rendre psychologiquement impossible aux Deltas l’amour des fleurs?
Patiemment, le D. I. C. donna des explications. Si l’on faisait en sorte que les enfants se missent à hurler à la vue d’une rose, c’était pour des raisons de haute politique économique. Il n’y a pas si longtemps (voilà un siècle environ), on avait conditionné les Gammas, les Deltas, voire les Epsilons, à aimer les fleurs — les fleurs en particulier et la nature sauvage en général. Le but visé, c’était de faire naître en eux le désir d’aller à la campagne chaque fois que l’occasion s’en presentait, et de les obliger ainsi à consommer du transport.
— Et ne consommaient-ils pas de transport ? demanda l’étudiant.
— Si, et même en assez grande quantité, répondit le D. I. C., mais rien de plus. Les primevères et les paysages, fit-il observer, ont un défaut grave : ils sont gratuits. L’amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine. On décida d’abolir l’amour de la nature, du moins parmi les basses classes ; d’abolir l’amour de la nature, mais non point la tendance à consommer du transport. Car il était essentiel, bien entendu, qu’on continuât à aller à la campagne, même si l’on avait cela en horreur. Le problème consistait à trouver à la consommation du transport une raison économiquement mieux fondée qu’une simple affection pour les primevères et les paysages. Elle fut dûment découverte. — Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Directeur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l’emploi d’appareils compliqués. De sorte qu’on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. D’où Ces secousses électriques.
— Je comprends, dit l’étudiant; et il resta silencieux, éperdu d’admiration.
Aldous Huxley, « Le meilleur des mondes »
Contemplant tout, visage, aurore, pierre
« L'idée d'un chimérique renoncement aux livres : naïveté de ce rêve qui vient à ceux qui veillent trop tard, trop longtemps, sur trop de livres. Non. L'issue, s'il y en a une, serait dans une généralisation de la maladie : mobilisant pour chaque seconde de chaque jour ce désespoir d'abord circonscrit à la seule chambre de lecture, d'abord actif dans le seul temps de lire. Contemplant tout, visage, aurore, pierre, comme autant de livres proposés.»
Christian Bobin: "Souveraineté du vide" suivi de "Lettres d'or"






