Guillaume de Baskerville

J'erre de livre en livre, ne sachant plus auquel m'attacher. Longtemps j'ai aimé collectionner les savoirs. Mais un seul homme peut-il absorber toutes les pensées du monde ? Et cette quête, vers où mène-t-elle ?

28 mars 2006

Les fenêtres


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Tréguier, Bretagne 2005

 
Celui qui regarde au dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. II n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre.
Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec très peu de données, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?


BAUDELAIRE - Petits Poèmes en Prose
   

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26 mars 2006

Notre esprit et la terre sont en état permanent d’érosion

   
   

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Robert Smithson, « Spiral Jetty »
photo trouvée sur google-image

   
   

La surface de la terre et les inventions de l’esprit ont une manière de se désintégrer dans de discrètes régions de l’art. Divers agents, à la fois fictifs et réels, échangent leur place entre eux – on ne peut pas éviter de s’embourber dans ses pensées lorsque l’on traite de projets ayant trait à la terre ou à ce que j’appelle « la géologie abstraite ». Notre esprit et la terre sont en état permanent d’érosion, des rivières mentales érodent des rives abstraites, des idées géniales sapent comme les vagues cérébrales les falaises de la pensée, des idées se décomposent en galets de l’inconscient et des cristallisations conceptuelles se désintègrent en vestiges d’un bon sens courageux. … Organiser ce désordre de corrosion en modèles, grilles et subdivisions est un processus esthétique que l’on a à peine abordé.

Robert Smithson, « La sédimentation de l’esprit », essai

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24 mars 2006

éclairs oranges

   
   

toile

 
   

Un jour de fin d’automne, nous escaladions une butte dans la Forêt des Légendes. Je regardais à terre cherchant où poser mes pas. C’est ainsi que je remarquai l’étrange éclat des feuilles. La lumière très rase du soleil les éclairait par-dessous lançant des éclairs oranges sur le sol brun.

   

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Baroque

   

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« L’ordre atteind la plénitude de sa valeur, quand s’établit à côté de lui et dans d’étroites limites, le désordre marginal. »

Eugenio d’Ors, Du Baroque

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Matière

 
 

champ

 champ

   

Qu'est-ce que la matière ? Durera-t-elle toujours ? " Le Maître répondit: " Tout ce qui est né, tout ce qui est créé, tous les éléments de la nature sont imbriqués et unis entre eux. Tout ce qui est composé sera décomposé ; tout reviendra à ses racines ; la matière retournera aux origines de la matière. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
 
 

Évangile selon Marie, apocryphe copte du second siècle
 
 

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23 mars 2006

Esprit

 
   

lune2


L’esprit de l’homme ressemble à cette pâle lune, qui a ses phases, ses absences et ses retours, sa lucidité et ses taches, sa plénitude et sa disparition, qui emprunte toute sa lumière des rayons du soleil, et qui pourtant ose les intercepter quelquefois.

 

Victor Hugo, « Choses vues », octobre 1830

   

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Jeu de Marienbad

16 allumettes
2 joueurs

Disposer les allumettes sur 4 rangées de la façon suivante (1, 3, 5, 7) :

       I       
   
        I    I    I       

    I    I    I    I    I   

I    I    I    I    I    I    I


Chaque joueur prend à son tour autant d’allumettes qu’il désire mais dans une seule rangée à la fois.
Celui qui prend la dernière allumette a perdu.

Jeux gagnants : 1 ; 2-2 ; 3-3 ; 4-4 ; 5-5 ; 1-1-1 ; 1-2-3 ; 1-4-5 ;
1-1-2-2 ; 1-1-3-3 ; 1-1-4-4 ; 1-1-5-5 ; 1-2-4-6 ;

Une variante de ce jeu propose de prendre 1, 2 ou 3 allumettes chacun son tour d’une rangée unique de 18. Celui qui prend la dernière a perdu.

I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I    I

Pour gagner, il suffit de laisser à l’adversaire les 13, puis 9, puis 5 dernières allumettes.

Dans les deux jeux, lorsque les deux joueurs connaissent les trucs, celui qui commence a tous les risques de perdre.

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21 mars 2006

Cloître

   
   

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Francesco Borromini, San Carlo alle quattro fontane, cloître

   
   

Claustrum sine bibliotheca quasi castrum sine armamentaria.

Un cloître sans bibliothèque est une place forte sans arsenal.


Godefroy de Sainte-Barbe, XIIe siècle
   

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20 mars 2006

Trouver Merlin dans la forêt (suite)

Une fois encore j'ai roulé trop vite vers la forêt, une fois encore vers le sud-ouest sans boussole, sans carte et le souffle coupé. Cette fois le ciel était plus gris, il tombait par moment une bruine froide qui embuait le pare-brise. Vingt jours d'attente en apnée. Vingt jours d'attente entre le jour de la déesse des commencements et celui de l'archange à l'épée flamboyante où le rendez-vous fut fixé. La route avait-elle changée ? Elle m’at égaré. Sans comprendre mes gestes, j'ai pris le chemin de gauche, un peu avant l'ermitage de Merlin. Puis de nouveau à gauche un peu plus loin. Et j'ai trouvé un alignement mégalithique.
J'ai stoppé la voiture dans l'axe des menhirs et je les ai suivis à pied dans les brousailles humides. Le ciel se dégageait. Une lumière dure et brillante traversait la couche nuageuse. Les pierres étaient presque toutes tombées sur le sol. Seules deux d'entres elles étaient encore debout. La première est toute petite au début de l'alignement. Je les découvrais en avançant sur un chemin de ronces et de bruyères bordé d'arbustes.

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Elles étaient allongées dans les herbes tous les deux ou trois mètres. Je me demandais quand il n'y en aurait plus et si quelque chose se trouvait à l'autre bout. Il y eut un angle, et peu après une grande pierre érigée. Etait-ce le bout ? Non, l'alignement de pierres couchées reprenait. Et puis soudain, dans un sous-bois apparût un chaos de rochers ronds et lisses. C'était une allée couverte en grande partie éboulée, entourée d'un reste de péristalithe. La beauté de ces pierres grises humides et brillantes émergeant sous les arbres me fit monter un sanglot dans la gorge et des larmes vinrent me brûler les yeux. Combien de générations d'humains avaient prié à cet endroit ? Combien de bras s'étaient tendus vers le ciel auprès de ces pierres ? Combien de fois la déesse de sous le tertre avait répondu à leur appel ? Emu au plus profond de mon corps, je sautais sur la plus haute pierre et levais moi aussi les bras vers le ciel. Pourquoi, alors que je me tournais vers le soleil, les bras tendus pour une prière violente, pourquoi se fit soudain entendre le grondement grave du tonnerre ? J'ai, en tête les paroles de Châteaubriand l'Enchanteur : "Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !", "Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'épprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un cœur solitaire, ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre."

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Mon imagination de celte crée l'espace qui m'entoure, les couleurs que veulent voir mes yeux, les sons que mon cœur veut entendre. Et soudain la passion m'emporte et je lève les bras au ciel, debout sur un dolmen, le corps tourné vers le soleil et le tonnerre gronde, l'éclair jaillit, l'orage est là !

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18 mars 2006

Qui sait ?

 

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Le Daoulas, octobre 2005



« Qui sait, pour être admirée, la nature a peut être pris le risque de la création de l’homme ? »

   

   

Pierre Rabhi, in « Graines de possibles », de Nicolas Hulot et Pierre Rabhi, 2005

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Posté par GdeBaskerville à 12:01 - Adso, la Terre est trop vieille pour s'en moquer ! - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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