27 octobre 2006
Ouvrir l'esprit
Le désert nous réapprend les gestes naturellement rituels, inscrits, voire érigés par le cosmos. Un homme soumis à la modernité et au béton est démuni dans un tel monde, s’il ne se rénégère pas aux deux niveaux essentiels qui le structurent verticalement et horizontalement : la Terre et le ciel. Le citadin n’est plus le fils de ces deux éléments nourriciers. Cette éternelle division entre Matière et Esprit doit cesser, comme cette idée trop répandue que le scientifique est le premier adepte de cette césure. La Matière est animée par l’Esprit. La montée de la vie et celle de l’esprit sont liées. Certains individus sont porteurs d’espoir. Quelques consciences sont capables de résister à la tradition guerrière. Une poignée de résistants ne se laisse pas domestiquer par la mise en condition générale. Les contestataires, même s’ils sont une goutte d’eau dans la mer, touchent les gens, ouvrent des esprits.
de Théodore Monod, Le chercheur d’absolu
16 juillet 2006
Don
« Le don s’oppose aux mécanistes et déterministes pour se rapprocher de la vie. Le don, c’est l’état d’une personne qui, résistant à l’entropie, transcende l’expérience mécanique déterministe de la perte en se reliant à l’expérience de la vie, à l’apparition, à la naissance, à la création. »
« Le don, c’est le système de circulation des choses qui demande le plus de confiance en autrui. »
« Chaque don est la répétition de la naissance, de l’arrivée de la vie ; chaque don est un saut mystérieux hors du déterminisme. C’est pourquoi le don s’accompagne souvent d’un certain sentiment d’euphorie et de l’impression de participer à quelque chose qui dépasse le déterminisme de l’ordre matériel. »
Jacques T. Godbout, le langage du don
29 juin 2006
Juger
Pour ne pas juger les autres, il ne faut pas les fréquenter. Car la moindre des politesses, dans la fréquentation, c’est l’estime. Et l’estime est un jugement. D’autre part, on ne nous laisse pas le droit de ne pas juger.
Georges Perros, "Papiers collés"
15 juin 2006
Chant du premier matin du monde

La brise vagabonde
A caressé les fleurs.
Je t'écoute de tout mon cœur,
Chant du premier matin du monde.
André Gide, "Les Nourritures terrestres"
12 juin 2006
Totalitarisme
Jamais l’homme n’a eu tant de moyens à sa disposition, jamais il n’a été dans une aussi parfaite ignorance des fins auxquelles il devait les appliquer. La civilisation vraie se définira par ses fins, qui seront nécessairement la culture des attributs distinctifs de l’humanité, ceux que l’homme est seul à posséder. En vitesse il sera battu par la gazelle, en diligence par la mouche maçonne, en force par l’éléphant, en férocité par la panthère, et les fourmis réaliseront mieux encore que lui l’Etat totalitaire. Ce qui lui appartient en propre c’est la raison qui poursuit la vérité, le sens du juste et de l’injuste qui conditionne la vie morale, l’émotion esthétique, à la recherche de la beauté. Pas de civilisation véritable dans une société qui ne fera pas la place à ces trois éléments. Donc pas de civilisation possible dans une société où l’homme n’est plus libre de penser, d’agir, de créer, sous un régime totalitaire par exemple.
Théodore Monod, "Le chercheur d’absolu"
30 mai 2006
L’Un et le Multiple
Tarbésou - mai 2006
Nous sommes quand même le produit d’une nébuleuse primitive dont notre sang porte les éléments, un morceau de l’univers. Tout est d’un seul tenant.
Théodore Monod, "Le chercheur d’absolu"
13 mai 2006
Artiste

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vincent_Van_Gogh
Mauve m’en veut d’avoir dit : « Je suis un artiste », et je ne me rétracte pas, parce qu’il va de soi que ce mot implique en lui la signification de : « toujours chercher sans jamais trouver la perfection. » C’est tout juste le contraire de « je le sais déjà, je l’ai déjà trouvé ».
Cette phrase signifie pour autant que je sache : « je cherche, je pourchasse, je le fais de tout mon cœur. »
Vincent van Gogh, Lettres à son frère Théo
12 avril 2006
Décade
Pythagore enseignait que 10 est le nombre le plus beau car il contient autant de nombre pairs qu’impairs et autant de nombres premiers que de nombres composés.
Impairs : 1, 3, 5, 7, 9
Pairs : 2, 4, 6, 8, 10
Premiers : 1, 2, 3, 5, 7
Composés : 4, 6, 8, 9, 10
Le nombre 10 sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/10_%28nombre%29
(Homonymes : décade sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9cade)
Tetraktys
La tetraktys , qui veut dire quaternité, est l’ensemble des 4 premiers nombres : 1, 2, 3, 4.
L’un des enseignements clés de l’école pythagoricienne était que tout est nombre et que rien ne peut se concevoir sans recourir aux nombres. La Tetraktys représente le nombre de points nécessaires pour engendrer les dimensions de l’Univers :
1 est le point de dimension 0 et générateur des autres dimensions
2 points définissent une droite de dimension 1
3 points forment un triangle de dimension 2
4 points forment un tétraèdre de dimension 3
Les pythagoriciens firent de la Tetraktys leur symbole et poussèrent la mystique des nombres à son extrême en construisant un univers dans lequel les nombres se voyaient attribuer une fonction philosophique et mystique.
La décade, somme de la Tetractys, a tout autant un rôle sacré.
1 + 2 + 3 + 4 = 10
(Voir décade)
La double Tetraktys, le nombre 36, est la somme des 4 premiers nombres impairs additionée aux 4 premiers nombres pairs :
(1 + 3 + 5 + 7) + (2 + 4 + 6 + 8) = 36
Pour les pythagoriciens, le nombre 36 symbolise l’Univers et regroupe une tétrade masculine (les nombres impairs) à une tétrade féminine (les nombres pairs) figurant 4 dieux et 4 déesses.
Pythagore sur Wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pythagore
28 mars 2006
Les fenêtres
Celui qui regarde au dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. II n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre.
Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec très peu de données, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?
BAUDELAIRE - Petits Poèmes en Prose








